
Regarde-moi (France, 2006).
Un film de Audrey Estrougo.
Avec Emilie de Preissac, Salomé Stévenin, Terry Nimajimbe...
Directeur de la Photographie : Guillaume Schiffman. Monteuse : Marie-Pierre Renaud. Ingénieur du Son : Madone Charpail.
Passé relativement inaperçu dans les salles françaises à sa sortie en septembre 2007, Regarde-moi est pourtant un film relativement remarquable. Relativement, car il surfe sur une vague de films dédiés aux banlieues qui, souvent, se prennent les pieds dans les mêmes travers qu'ils veulent éviter (c'est-à-dire une mise en scène couverte par un montage choc, usant de ralentis, flous "artistiques" et effets de style). Remarquable car les artifices y sont ici dosés, le talent des acteurs, la solidité d'une trame narrative simple et efficace et le propos attendu.
En effet, la sexualité dans les cités avait été inspecté et disséqué en toute poésie par Abdellatif Kechiche dans L'esquive, film magistral et définitif sur le mal-être dans ces cours de tours de bêton, ce spleen contemporain magnifié par les acteurs non professionnels de Kechiche, pantomimes d'une pièce de thêatre revisitée où les sorties de scène s'effectuaient au rythme des ébats.
Ici, Audrey Estrougo, dont c'est le premier film, cadre large, laisse vivre et respirer ses comédien(ne)s dans un espace plus large que nature, dans un horizon qui semble ouvert... dont acte. Tous tentent de surmonter la grisaille de leurs fausses vies, où toute action est soigneusement pesée, réfléchie, en fonction des rumeurs et des spectateurs/voyeurs qui s'empresseront de distiller ce venin de la perte. Car ici, nulle échappée belle, que des cloisonnements dans les couloirs, dans les appartements HLMs, entre parents indignes et rêves détrompés.
La dureté du propos est entérinée par l'empathie pour ces êtres si familiers et pourtant si lointains, qui ne cessent de crier dans leur for intérieur, paraissant forts pour s'écrouler enfin, seuls, dans une chambre-prison.
C'est le cas de Jo qui a gagné son ticket pour l'Angleterre, admiré par ces filles, aimé par deux, déchirant l'une et perdant l'autre. C'est le cas d'Eloïse, qui pour se libérer du joug de son frère, avec son amie Daphné, s'entichent de ces désoeuvrés qui errent dans la cité. C'est leur cas à tous, qui virevoltent dans le noir, et pour lesquels la plus infime lumière, fait force de liberté. Et c'est le courage de faire tomber ces lois dérisoires qui les sauvera du trou où ils sont terrés.
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